Dans un roman écrit en 1945, le récit de quelques minutes d’une soirée très belle, très étrange et très effrayante d’il n’y a pas un an.

Et la chose dite, il écouta descendre la pierre dans le puits. Loin, bien loin. Que lui importait maintenant Armandine, et le “C’est donc ça !” qu’elle laissait échapper ? Il était seul, seul dans la pièce et dans l’univers, il n’écoutait plus que cet abîme en lui, il n’écoutait plus que lui-même, le mot lâché, le mot immense et soudain … Il venait de choisir sa route, subitement. C’était sans appel. Il en avait décidé. L’amour. Ce serait donc l’amour. C’était l’amour. Un bouleversement total, une agitation intérieure. L’amour. L’étrange nouveauté de ce mot lui serrait le coeur. Il détourna la tête et regarda le feu. Le feu, les flammes. Des détails infimes de la bûche ardente, avec une frange de cendre blanche sur le bord grillé, l’intéressèrent au-delà de la raison. Et très doucement il retrouva le nom, puis le visage… Bérénice…

(Aurélien, d’Aragon)