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A la suite de Madame Irza, envie de raconter un peu ma vie.
Ce que je lis.
En ce moment, L’Amant, de Duras. Je n’avais jamais lu Duras jusque-là, une appréhension devant le monument. Et en effet, c’est fort, tranchant. L’impression parfois d’entendre une voix très intime, celle de mon ventre d’enfance peut-être ; et parfois de la pure fiction, étrangère de moi à mille lieues. Je prends mon temps, relis des passages, m’arrête, appelle pour faire partager.
En parallèle, du plus léger, L’Herbe verte du Wyoming de Mary O’Hara, un des romans de la fin de mon enfance. C’est toujours agréable, honnêtement écrit, plein de chevaux et de paysages sauvages, de vent si fort qu’il coupe les lèvres.
Ce que j’écoute
A l’asso où je suis bénévole, je demande à tour de rôle à chacun des passionnés que je côtoie de me faire une sélection de titres qu’ils aiment. Là c’est Yann qui s’y est collé, avec beaucoup de jazz. Et puis j’ai vu Ghost Mice en concert, et j’ai adoré. L’album est forcément un peu moins bien, mais je les ai adoptés. J’écoute aussi (trop rarement) l’homme que j’aime jouer du ukulélé.
Ce que je me dis.
Que je ne suis peut-être pas faite pour le métier que j’exerce. Ou pas comme ça. Qu’en même temps, j’ai l’impression de ne rien savoir faire. Bref, si amicalement, amoureusement, et même familalement, tout va mieux, professionnellement c’est un peu la grosse crise qui donne envie de pleurer et noue le ventre. Je me dis que je me suis toujours trompée en me voyant exercer un métier “intellectuel”, et que je suis faite, peut-être, pour quelque chose de beaucoup plus rude. Et je ricane en imaginant une cow-girl avec mes ongles longs, mes ballerines et ma hantise de sortir sans mascara.
Ce que je vois.
La nuit qui tombe, le ciel bas.
Ce que je sens.
Pour le moment rien, mais dans quelques minutes, l’odeur de la pluie sur le bitume. Ou de l’arc-en-ciel.
Ce que je vais faire de ma soirée.
Aller acheter les croquettes du chat. Hésiter à appeler l’amoureux pour lui raconter mes malheurs, demander conseil, me rassurer. Lire. Les soirées dans ma ville de fonction sont tranquilles, peut-être trop pour ce soir où j’ai une boule au ventre.
Dans un roman écrit en 1945, le récit de quelques minutes d’une soirée très belle, très étrange et très effrayante d’il n’y a pas un an.
Et la chose dite, il écouta descendre la pierre dans le puits. Loin, bien loin. Que lui importait maintenant Armandine, et le “C’est donc ça !” qu’elle laissait échapper ? Il était seul, seul dans la pièce et dans l’univers, il n’écoutait plus que cet abîme en lui, il n’écoutait plus que lui-même, le mot lâché, le mot immense et soudain … Il venait de choisir sa route, subitement. C’était sans appel. Il en avait décidé. L’amour. Ce serait donc l’amour. C’était l’amour. Un bouleversement total, une agitation intérieure. L’amour. L’étrange nouveauté de ce mot lui serrait le coeur. Il détourna la tête et regarda le feu. Le feu, les flammes. Des détails infimes de la bûche ardente, avec une frange de cendre blanche sur le bord grillé, l’intéressèrent au-delà de la raison. Et très doucement il retrouva le nom, puis le visage… Bérénice…
(Aurélien, d’Aragon)
J’ai déjà parlé ici et là de ma dispersion, de mon vide au centre.
Ces derniers temps, incapable de ralentir, j’ai ajouté d’autres balles dans mon jeu. De nouvelles amitiés, de nouveaux projets, de nouveaux engagements … Plus vite, plus vite, plus haut …
Patatrac. Tout cela ne pouvait marcher que si rien ne dépassait, si aucun accroc n’apparaissait. Il a suffi qu’une des balles tombe pour que les autres m’échappent.
J’ai déserté dans l’insomnie, puis dans le sommeil. Rien n’était cassé, sauf moi, peut-être. Plus l’agilité, plus l’envie. Jours étranges où je riais en public pour mieux pleurer sitôt une maigre solitude retrouvée. J’ai arrosé le bitume, rien n’y a poussé. Encore.
Aujourd’hui je me relève. Plus fragile, moins confiante. Mais je me relève.

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