Demain le printemps, hier la neige, aujourd’hui … les giboulées ?

Je savais que mars serait un mois difficile ; la surprise c’est qu’il n’est pas seulement difficile mais parfois exaltant. Je rebondis de panique en bonheur, de joie folle en inquiétude, d’épuisement en apaisement.

Je n’ai pas obtenu ma mutation. Ce qui veut aussi dire que je vais continuer à vivre dans cette ville dont je suis totalement éprise ; ce qui veut dire qu’il va me falloir inventer encore comment habiter la distance entre l’homme que j’aime et moi. Et je vais peut-être travailler dans la ville même … Et cette distance entre nous, ces journées d’absence, comme elles sont fécondes …

Presque un an que j’ai pris ce tournant incroyable, en quittant tout ce que je connaissais. J’en parlais à celui qui fut mon Lui aujourd’hui même : “Incroyable comme ta vie a changé en si peu de temps …” Merveilleux, oui ; mais si peu rassurant !

Ma colocataire abandonne l’appartement … et me voilà face à mes angoisses de ne pas savoir faire mieux que cet échec, cette terreur à l’idée d’avoir été rejetée, quand bien même je souhaite cet éloignement.

Et enfin, rencontrer sa famille … Crise de panique, la première depuis longtemps. Vingt minutes à chercher mon souffle, je ne saurai pas, je ne peux plus reculer, je ne peux pas avancer, je vais fuir si cela se passe mal, fuir pour de bon … Incapable de naturel, et lui qui se dérobe quand j’ai besoin qu’il m’épaule … et soudain, juste parce que je prends le temps de m’écouter, et de lui expliquer un peu, il est là, solide, et sa confiance nous sauve.

Tout de même … Je ne savais pas que j’avais été autant blessée par ce rejet des soeurs de celui qui fut mon Lui. La fraternité sur un piédestal – idéal douloureux de celle qu’on dit fille unique et qui n’est que si seule. Je ne pourrai pas le revivre ; et je ne le revivrai pas, ne le ferai revivre à personne. Ce sera une rencontre, ou une rupture … comment ne pas être terrifiée ?

J’avais écrit cela il y a quelques mois :

 

Il est là, dans ma vie, comme une évidence, comme une nécessité. Ni moins miraculeux ni moins ordinaire que le fait qu’on respire même en dormant.

Il fut un temps où je nous savais à la lisière de cela. Où il me semblait que nous allions, peut-être, tomber l’un dans l’autre avec un vertige inouï. Nous nous serions aimés comme seuls nous aurions pu le faire.

J’étais terrifiée et heureuse de cette chance.

Mais il a dû casser cela, briser mon abandon. Quelque chose en moi a été trop meurtri.

(Mais ce qui a été cassé peut parfois se réparer.)

 

 

 

Neuf mois aujourd’hui, et quelque chose en effet renaît.