… qui ne ressemble donc pas à grand-chose.

Deux heures de plus en plus honnies de voiture quotidiennes malgré l’écoute extensive du dernier album des Malpolis - je ne peux pas choisir des extraits, de la Nouvelle “Déclaration Universelle des Droits de l’Homme”-Sandwich, aux “Super Héros” (qui sont pas des démocrates) à “L’alter mondialiste”, il faut tout écouter- j’arrive chez moi, un thé et deux coups de fil et je vole jusqu’à l’asso, une soirée toute simple comme j’en avais envie avec les adhérents, des projets, du jus d’orange où il n’y avait pas que de l’orange dedans, des rires en coin avec Gaspard qui a un peu le même humour que moi, une idée de tatouage, une envolée de notre très honoré coordinateur où j’ai pas tout compris, et une petite centaine d’écoutes de la chanson Brazil

Et pourtant, je ne suis pas bien. L’estomac bloqué – je n’ai rien mangé depuis ce midi. L’esprit en fouillis, le coeur en vrac – alors que les bonnes nouvelles, dont une me concerne directement, ont plu toute l’après-midi.

J’essaie d’écouter ce malaise. A quel moment est-il intervenu ? Quand la conversation a porté sur les bourses accordées aux écrivains (notre très honoré coordinateur a fait partie d’un jury qui les décerne aujourd’hui même) et que l’angoisse de ne pas être à la hauteur de mon rêve et la culpabilité qu’elle engendre ont pointé leur museau ? Ou plus tard, sur le chemin du retour, quand pour écourter une discussion je réponds par l’affirmative lorsqu’on me demande si je suis attendue ? (Certes, c’est un demi-mensonge, le chat est impatient de me retrouver)

Malaise qui se dissipe un moment, quand le portail qui ne fonctionne plus provoque une longue conversation avec un voisin et son chien, puis avec la faune joyeuse qui fume en bas de mon immeuble. Qui me reprend dès que je franchis le seuil de mon appartement.

Pourtant, j’ai apprivoisé sa distance. Un peu. Il est loin, l’homme que j’aime, mais je sais qu’il n’est pas absent. Nos moments à deux sont moins empoisonnés par l’imminence de son départ ou du mien. Je ne suis plus ce fil, tendu à se rompre, vers ces moments-là. Cet apprentissage a été rude, et j’ai bien cru ne pas en être capable, j’ai failli fuir cent fois, mais j’en sors plus entière de savoir être seule. Il ne me manque plus de la même façon : ce n’est plus ce déchirement de toute ma chair, endolorie par chaque seconde d’absence. La chaleur de sa voix, son rire qui remonte très loin dans l’enfance, il me tarde de les retrouver, mais je ne me sens pas amputée, juste impatiente.

Et pourtant, cette colère, comme un appel sans réponse. Est-ce juste ne pas savoir si quelqu’un m’attend quelque part ?