Ma Namidenface vient de le faire, et je considère qu’elle me passe le relais - sauf qu’elle ne sait pas que je blogue à nouveau, c’est un relais spirituel comme les filiations du même tonneau.

1982 : J’ai un an. Sur les photos j’ai des couettes et l’air grave, que l’on me retrouvera à l’adolescence. Quelque part sur terre, naît quelqu’un qui m’est cher.

1987 : On a déménagé, d’un appartement dont je ne me souviens pas pour une grande maison de campagne qui toute ma vie illustrera sans doute l’entrée “foyer” de mon dictionnaire intime. J’apprends à lire et je suis ravie, mais aussi un peu effrayée : est-ce que ça veut dire qu’on ne me racontera plus d’histoires pour m’endormir ?

1992 : Je rentre au collège. J’ai détesté le primaire, le collège me semble une jungle, où je trouve quand même des oasis d’amitié. Mais c’est violent, très : parfois physiquement, toujours moralement.  Je rencontre mon premier prof de français, je lis jour et nuit, dans le bus, à la cantine, et toujours en cachette en cours. Je monte à cheval pour la première fois.

1997 : J’ai 16 ans, je suis au lycée, j’ai à peu près survécu à mon premier amour, me suis fait ma première bande de potes, avec qui l’amitié est légère et festive mais solide, je monte toujours à cheval et même que c’est le mien maintenant, je suis toujours première partout mais maintenant ça attire plutôt la sympathie que l’hostilité, j’ai toujours mes anciennes amitiés sur lesquelles compter, et je commence à me dire qu’on peut sortir vivant de l’enfance. Je ne le sais pas encore, mais je suis sur le point de rencontrer celui qui illuminera le chemin pendant sept ans.

2002 : Je me perds. Les miens se déchirent, et par une mauvaise loyauté je malmène mes amours. Je suis exsangue de fatigue, m’endors à toute heure du jour, délaisse mes amis. Je veux m’enfuir et prépare une année à l’étranger, en espérant que loin de moi ma vie se remettra en place toute seule. Evidemment, ça ne peut pas marcher ; je ne pourrai même pas essayer. A six jours du départ, la foudre frappe ma famille et le deuil me tiendra captive un an de plus.

2007 :

Tu t’en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j’attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t’ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l’apportes.
A cause de ce manque, j’aspire à tant.
A tant de choses, à presque l’infini…
A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n’apportes
.

 

Je peux enfin lire le poème de Michaux sans m’y reconnaître. Je redécouvre Prévert. Il est trop tôt pour parler de 2007, mais ces promesses me font avancer. Je n’ai jamais autant grandi que ces derniers mois, jamais savouré autant ce sentiment de justesse et de chance d’être au monde. (Et, chut ! d’être dans le même monde que lui.)