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Tu es une silencieuse et je te connais peu. Cette qualité qui m’attire et m’effraie tant chez les hommes, chez toi m’intrigue et me tient à distance de l’amitié que, je devine, tu me proposes.

Si tu n’as rien à dire, tu te tais. Alors tu parles peu, mais c’est souvent intelligent, fin profond, nuancé.

On ne se connaît pas beaucoup, et je ne suis pas sûre d’avoir le temps de t’apprivoiser, ni de savoir m’y prendre. D’en avoir suffisamment envie : entre nous j’aime cette relation légère sans être futile.

Mais là, tu as mal, et je ne sais comment faire pour être là. Tu es si fière, si forte. Les gestes que j’ose pour mes proches seraient trop familiers pour toi, et mon bavardage me fait honte.

Je ne peux même pas dire que je me reconnais dans ce que tu vis, même si c’est vrai. Parce que les situations sont différentes, même si je devine un ressenti en miroir. Parce que je ne l’aimais plus, et que tu n’es pas sûre de l’avoir jamais vraiment aimé. Parce que j’étais déjà dans d’autres bras, alors que la solitude te fait peur.

Parce que j’ai une chance folle, incomparable.

Mais, ce que je voudrais te dire si nous étions assez proches pour que tu me saches sincère, c’est que je te trouve belle. Vraiment, très. Et intelligente et désarmante. Que si tu n’en uses pas beaucoup, tes sourires valent de l’or. Que je n’ai pas de conseils à te donner, que je me sais ignorante autant qu’humaine se peut sur tout cela, sur toi et le monde, mais que ça, je le vois.

Ici j’écris sur le plus intime, le noyau tendre, ce qui fond, coule et vibre dans le coeur secret de ce que j’appelle moi. Ce qui me touche, ce qui me heurte, ce qui me déchire sans que je sache pourquoi, ce qui me caresse et me laisse tremblante.

Vous me répondez parfois, comme un écho chuchoté, ou comme une main attentive. Ces voix tendues me sont autant de trésors, des graines que je dépose en une terre fertile mais encore muette.

J’écris ici à la lisière du silence. Ma voix ne peut toujours répondre aux vôtres.

Respire … Voilà, comme ça, emplis tes poumons, jusqu’à chasser la colère, jusqu’à chasser le chagrin. De l’air.

Tu sais bien que cette violence n’est pas la tienne, n’est même pas contre lui. Elle te traverse comme un orage dévaste un paysage, sans lui appartenir.

Ne t’y abandonne pas. Laisse-la passer, dans une heure, dans deux jours tu l’auras oubliée. Tu es juste sur son passage.

Ou alors …  l’apprivoiser, la détailler, la comprendre ?

Il y a longtemps que je n’étais venue ici.
Les objets se sont ensauvagis, des coins leur ont poussé là où je pose ma main. J’ai oublié que la douche marche à l’envers, le geste tactique pour ouvrir le velux.
Une tache de soleil tombe sur le miroir et libère la senteur du thym accroché au côté.
Dans le silence se dessine une esquisse de ton intimité quotidienne, dans les photos au mur, les papiers disséminés, les vestiges de la cuisine.
Je blottis ma solitude provisoire dans le refuge de la tienne.

Note à haute teneur en n’importe quoi, mauvaise foi, approximations et généralités.

Les garçons sont quand même des êtres humains d’un autre genre – que moi. (Essayez un peu de contester ça … ah, la joie des platitudes !) La plupart du temps, je ne les comprends pas – d’ailleurs ils ne m’en demandent pas tant, c’est moi qui m’acharne. Même (surtout) l’homme que j’aime est un mystère à tous points de vue : il offre des cure-oreilles, il n’est pas vexé que je ne me souvienne pas de sa date d’aniversaire (C’est un don, j’oublie les dates, je suis capable de me perdre en traversant la rue, et je sais lire n’importe quelle écriture. Le talent, mes agneaux …) mais m’en parle encore, il a envie de me voir mais pas tout de suite, il est curieux jusqu’au vertige mais pas toujours.

Cela dit je n’y comprends pas grand-chose aux filles non plus – mais c’est moins gênant que pour les garçons, parce que je n’ai pas encore trouvé mieux qu’eux pour approcher l’autre moitié de l’humanité. Un truc qui m’agace, voire m’inquiète chez mes amiEs, c’est leur propension à s’amouracher de saligauds, alors qu’il y a légion de chouettes types. (Je le sais, en deux jours j’en ai rencontré trois, et sans rien faire pour). Certaines de mes copines – pas toutes quand même, mais une proportion non négligeable de l’ordre du tiers – seront toujours  davantage attirées, toutes choses égales par ailleurs, par le gars qui les fera souffrir. Et si par sérendipité elles tombent sur un tendre, soit elles se sauvent – confondant gentillesse et molassonerie – soit elles se vengent sur lui de leurs mauvais choix précédents.

A part ça, rien – faut que je fasse mon sac, je suis en retard pour le ciné, j’ai une montagne de papiers en retard, des idées de billets sérieux pour les racines, la litière à changer et la vaisselle à faire – sans parler des bouquins qui m’attendent, des gens en Italie à prévenir que je vais les voir, du covoiturage idem, et depuis quand les journées n’ont-elles que 24 heures, boudu ? (C’était ça l’Eden ?)

(Je viens de me rendre compte que si je n’entends pas FIP alors que j’ai lancé le shlimblick, c’est parce que j’ai coupé le son. Je suis pour moi-même une source de surprise inépuisable -mais ce n’est pas l’objet de ce billet qui n’en a pas).

Brouillonnement à vous,

Pistil

Aujourd’hui, j’ai une robe aubergine et un bonnet citrouille – moi, la souris grise – et accessoirement, envie d’une ratatouille (mais j’attendrai l’été prochain).

La douleur d’avoir maltraité une amitié est toujours là, mais j’y ai compris quelque chose d’essentiel sur moi, et qui me fait grandir – me fera.

J’ai dormi neuf heures, et ce n’est pas le téléphone, qui a sonné deux fois pendant mon sommeil, qui m’a réveillée, mais le chat, résolu à me faire basculer sur le côté pour s’installer sur ma tranche.

 

J’ai envie de prendre des photos. Il y a ce matin, comme souvent dans les cieux d’ici, une lumière orageuse, à la beauté inquiétante.

Hier, j’ai passé un très joli moment à parler avec deux amis, et à savourer les échos de leurs échanges à eux.

(Et aussi, le net, c’est bien) (et même si j’y passe trop de temps, c’est bien)

Je n’arrive pas à entendre qu’on m’aime.

J’ai délaissé une amie, elle en a été blessée, et ma première réaction est “Ah bon ? Alors je comptais pour elle ?”. Je relis les messages auxquels je n’ai pas répondu, les lettres sans retour, me souviens de tous ses gestes vers moi. Et c’étais lisible, évident, incontestable : oui, elle tenait à moi. Et plus que la honte et le chagrin de l’avoir négligée, c’est le sentiment de gâchis qui me donne envie de me terrer dans un coin.

Je ne croyais avoir ce travers qu’avec l’homme que j’aime. Je me rends compte qu’à part de rares exceptions près, je l’ai avec tous. Que je ne crois qu’on m’aime que pendant la seconde où on me le dit, où on me le montre, et encore. Que me rassurer serait un job à plein temps. Epuisant pour eux, pour moi.

Que je ne vois que les indices de désamour, et pas les preuves d’amitié. Que je tords la réalité, pas même pour me complaire dans un rôle de mal-aimée. Mais pourquoi alors ?

J’ai encore du boulot pour devenir un être humain, moi …

Dormi trois heures.

Les larmes aux yeux, qui coulent, s’arrêtent, reprennent. L’estomac en bouillie, une langue de feu entre les omoplates. Le toubib injoignable, sa messagerie pleine.

L’amoureux en ligne, avec qui j’échange trois mots, et qui disparaît sans prévenir. Juste une mauvaise synchronisation, j’en suis sûre, mais cela tombe mal.

Une amie qui reçoit un résultat médical inquiétant. Amniosynthèse lundi, et sa colère, immense, effrayante, contre le père absent du bébé qui arrondit son ventre.

Je sais que ça ira mieux demain. Mais en attendant, c’est aujourd’hui.

Donne maison où je ne sais pas vivre. (Mais quand vais-je enfin apprendre ?)

Brel disait : C’est de la paresse, je crois, la bêtise. Une espèce de graisse autour du coeur, une graisse autour du cerveau …  Il avait raison.
Je crois que j’ai perdue une amie.

Ca sert à quoi, de gagner le ciel de Toulouse et l’estime de l’homme que j’aime et des rencontres et une nouvelle vie et un monde à changer si je ne trouve plus le temps d’être là pour ceux que j’aime ? Si même quand ils s’accrochent et me font signe, je ne leur consacre pas les quelques secondes nécessaires à une réponse ? Si au bout de mille tentatives, ils se découragent, et quand je refais surface, ils m’ont très justement oubliée ? Si je ne peux même pas leur assurer que je ferai mieux à l’avenir ?

C’est au bord de mes yeux que l’eau fait des ronds cette nuit, jusqu’à cette sorte d’évanouissement qu’on appelle le sommeil, ce répit dont on se réveille avec un enfant perdu, un ami en moins, une guerre en plus, et tout le reste de la route à faire malgré tout, car il paraît que nous aussi nous somme des raisons de vivre (…)

Heureusement Pennac est là, et les autres, mes raisons de vivre. Et toi l’amie que j’ai perdue, je t’aime et tu as intérêt à être fichtrement heureuse.

(Et toi l’amie que je n’ai pas perdue et qui vient d’être si courageuse, ramène vite tes jolies fesses par ici, et sans fausse honte s’il te plait, j’ai besoin que tu aies besoin de moi.)

Ma Namidenface vient de le faire, et je considère qu’elle me passe le relais - sauf qu’elle ne sait pas que je blogue à nouveau, c’est un relais spirituel comme les filiations du même tonneau.

1982 : J’ai un an. Sur les photos j’ai des couettes et l’air grave, que l’on me retrouvera à l’adolescence. Quelque part sur terre, naît quelqu’un qui m’est cher.

1987 : On a déménagé, d’un appartement dont je ne me souviens pas pour une grande maison de campagne qui toute ma vie illustrera sans doute l’entrée “foyer” de mon dictionnaire intime. J’apprends à lire et je suis ravie, mais aussi un peu effrayée : est-ce que ça veut dire qu’on ne me racontera plus d’histoires pour m’endormir ?

1992 : Je rentre au collège. J’ai détesté le primaire, le collège me semble une jungle, où je trouve quand même des oasis d’amitié. Mais c’est violent, très : parfois physiquement, toujours moralement.  Je rencontre mon premier prof de français, je lis jour et nuit, dans le bus, à la cantine, et toujours en cachette en cours. Je monte à cheval pour la première fois.

1997 : J’ai 16 ans, je suis au lycée, j’ai à peu près survécu à mon premier amour, me suis fait ma première bande de potes, avec qui l’amitié est légère et festive mais solide, je monte toujours à cheval et même que c’est le mien maintenant, je suis toujours première partout mais maintenant ça attire plutôt la sympathie que l’hostilité, j’ai toujours mes anciennes amitiés sur lesquelles compter, et je commence à me dire qu’on peut sortir vivant de l’enfance. Je ne le sais pas encore, mais je suis sur le point de rencontrer celui qui illuminera le chemin pendant sept ans.

2002 : Je me perds. Les miens se déchirent, et par une mauvaise loyauté je malmène mes amours. Je suis exsangue de fatigue, m’endors à toute heure du jour, délaisse mes amis. Je veux m’enfuir et prépare une année à l’étranger, en espérant que loin de moi ma vie se remettra en place toute seule. Evidemment, ça ne peut pas marcher ; je ne pourrai même pas essayer. A six jours du départ, la foudre frappe ma famille et le deuil me tiendra captive un an de plus.

2007 :

Tu t’en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j’attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t’ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l’apportes.
A cause de ce manque, j’aspire à tant.
A tant de choses, à presque l’infini…
A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n’apportes
.

 

Je peux enfin lire le poème de Michaux sans m’y reconnaître. Je redécouvre Prévert. Il est trop tôt pour parler de 2007, mais ces promesses me font avancer. Je n’ai jamais autant grandi que ces derniers mois, jamais savouré autant ce sentiment de justesse et de chance d’être au monde. (Et, chut ! d’être dans le même monde que lui.)

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